Des centaines de personnes, dont des dizaines d’enfants, ont bravé la accablante pour assister à la grande prière dans la capitale de cet État à majorité musulmane.
« Les gens prient ardemment pour que l’insurrection (jihadiste) prenne fin », a déclaré Ahmad Mustapha, médecin de 37 ans.
Les frappes américaines, le jour de Noël, ont été menées en coordination avec les autorités nigérianes, selon Abuja.
« C’est nouveau dans cette partie du pays, des frappes aériennes ou des explosions de bombes. Cela n’était arrivé qu’une seule fois, au plus fort de Boko Haram », a ajouté le médecin.
Depuis 2009, le Nigeria est confronté à une insurrection jihadiste dans le nord-est du pays, menée par Boko Haram et sa faction rivale, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Si l’épicentre des violences demeure le nord-est, ces groupes ont ponctuellement revendiqué des attaques dans d’autres régions du nord du pays.
Comme Ahmad Mustapha, de nombreux habitants de Sokoto ont déclaré avoir été choqués par les frappes américaines, survenues à quelque 75 kilomètres de leurs habitations. Mais ils affichent un optimisme prudent, espérant que le mois sacré marquera le début d’une paix durable. Durant la prière, l’imam a insisté sur la fraternité, la charité et la solidarité lors de son discours.
L’État de Sokoto abrite le sultan Muhammadu Sa’ad Abubakar, chef spirituel des musulmans du Nigeria, qui se charge d’annoncer le début et la fin du ramadan, période durant laquelle les fidèles jeûnent pendant 29 ou 30 jours.
L’État est relativement épargné par les violences jihadistes et celles des gangs criminels armés, appelés bandits, qui ensanglantent d’autres États de la région.
Il a pourtant été le théâtre des frappes américaines. Abuja a indiqué qu’elles visaient « deux bastions terroristes importants de l’État islamique » dans le district de Tangaza.
Certains chercheurs ont récemment établi un lien entre des membres du groupe armé Lakurawa — le principal groupe jihadiste présent dans l’État de Sokoto — et le groupe armé État islamique au Sahel (ISSP), principalement actif au Niger et au Mali, mais d’autres analystes contestent ces connexions.
Selon les Nations unies, les violences jihadistes ont fait plus de 40.000 morts et provoqué le déplacement de deux millions de personnes dans le nord du Nigeria.
Le principal marché de la ville de Sokoto était très animé vendredi après-midi, les clients se frayant un passage dans une circulation dense de piétons et de véhicules. À 20H00, les rues restaient très fréquentées, de nombreux commerces étant encore ouverts.
Ailleurs dans la ville, des responsables religieux participant aux ateliers organisés par le gouvernement en amont du jeûne.
« Nous espérons que les gens accompliront le ramadan dans la paix », déclare Aminu Muhammad, commerçant de 43 ans, au marché central de Sokoto.
« Les choses suivent leur cours normal. Nous ne nous attendons à rien de mauvais », a-t-il assuré.
Le gouverneur de l’État, Ahmad Aliyu Sokoto, a indiqué la semaine dernière que le gouvernement avait distribué des sacs de maïs et une aide financière à 1.000 personnes avant le début du jeûne, promettant un « soutien alimentaire et financier continu » aux « familles affectées par le banditisme ».
Avec un taux de pauvreté multidimensionnelle de 91% en 2022 dans l’État de Sokoto, selon le Bureau national des statistiques nigérian, cet effort pourrait n’avoir qu’un impact limité.
AFP




