Kindia, 12 Juin (AGP)- Six ans après la mise en service du barrage hydroélectrique de Souapiti, les populations riveraines de la sous-préfecture de Bangouya continuent de faire face à de lourdes conséquences humanitaires et sécuritaires. En tournée de sensibilisation dans la localité, le préfet de Kindia, le Colonel Abdourahamane Keita s’est rendu dans le district enclavé de Baren Kathia pour évaluer l’urgence de la situation et promettre des mesures d’allègement.
Accompagné d’une délégation des services déconcentrés, le préfet a été reçu par les communautés locales de ce district situé à 45 kilomètres du chef-lieu, particulièrement touché par la montée des eaux. Cette visite officielle, la première du genre depuis sa nomination, visait principalement à sensibiliser les habitants aux risques persistants de désastre liés aux crues du réservoir, tout en ouvrant un espace de dialogue sur l’enclavement des localités.
S’exprimant au nom des populations, l’ex-maire de Bangouya, Seydouba Kathia Camara, a dressé un tableau du quotidien des citoyens depuis le début du remplissage du barrage en juin 2020.
L’impact sur la géographie humaine de la sous-préfecture est massif :
Déplacements de populations : Sur les 52 villages touchés par la montée des eaux, 32 ont été totalement détruits et délocalisés. Au total, 16 883 personnes ont dû abandonner leurs terres d’origine.
Infrastructures de recasement : Quatre cités de relogement ont été construites pour absorber le flux des déplacés, notamment à Kinfaya (425 logements) et à Yènyè 1 (85 logements), le reste étant réparti sur d’autres sites.
Au-delà de la perte des terres pour ces communautés essentiellement agricoles, la rupture des voies de communication terrestres a transformé le fleuve en une zone de danger permanent.
L’ex-maire a révélé qu’entre juin 2020 et juin 2026, 17 accidents de pirogues ont été enregistrés, coûtant la vie à 13 personnes. Ce manque d’enclavement sécurisé a également forcé la fermeture de plusieurs établissements scolaires. En parallèle, la modification de l’écosystème a entraîné une prolifération de reptiles : 82 cas de morsures de serpents ont été recensés, dont 22 se sont avérés mortels.
Face à cette détresse, les leaders locaux ont pointé du doigt l’insuffisance des mesures d’accompagnement initiales. Sur les 18 forages d’eau potable initialement demandés, seuls 12 ont été réalisés à ce jour. De même, les 13 pirogues fournies au fil des ans ne parviennent pas à sécuriser les liaisons quotidiennes.
En plus des crises liées au barrage, les populations ont partagé leurs inquiétudes face aux conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs qui fragilisent l’économie locale.
Sensible aux doléances exprimées par les sinistrés et les notables, le préfet de Kindia a assuré que la sécurité des personnes et de leurs biens restait la priorité des autorités.
Le Colonel Abdourahamane Keita s’est engagé à porter ces dossiers urgents auprès de la Société de Gestion de Souapiti (SOGES SA) afin de corriger les manquements logistiques, d’améliorer l’approvisionnement en eau et de renforcer la sécurité des transports fluviaux pour les populations riveraines.
AGP/12/06/026 TS/MKC/AND




