Yomou, 28 sept. (AGP)-Située à l’extrême sud-est de la Guinée, dans la région administrative de Nzérékoré, la préfecture de Yomou possède une histoire profondément enracinée dans les traditions des peuples de la Guinée forestière.
À proximité de la frontière avec le Liberia, Yomou s’est construite au fil des siècles autour d’organisations traditionnelles, de pratiques culturelles, d’une forte vocation agricole et d’un patrimoine naturel remarquable.
Selon la tradition locale, le territoire correspondant à l’actuelle préfecture de Yomou était organisé, avant la colonisation, autour de cinq grands cantons traditionnels : Boo, Nhouna, Nyékoré, Kpinson et Welapoulou.
Le canton de Boo, considéré comme le plus important, couvrait les territoires qui correspondent aujourd’hui à la commune urbaine de Yomou ainsi qu’aux sous-préfectures de Banié et de Bowé. Nhouna correspondait à Bhêta, Nyékoré à Bignamou, Kpinson à Diécké et Welapoulou à Péla.
La tradition locale présente Yomou comme la cinquième et dernière capitale du royaume traditionnel de Boo, également appelé Kpogho-Nyalowai. Avant Yomou, plusieurs localités auraient successivement servi de centres politiques du royaume, à savoir Bemeyé, Gbèlèyé, Donhoèta et Mèlèkpoma.
L’organisation de la société reposait alors sur des autorités traditionnelles et plusieurs familles considérées comme fondatrices. Celles-ci jouaient un rôle dans la gestion des affaires communautaires, le règlement des conflits, le maintien de la paix et la transmission des valeurs ancestrales.
L’histoire de Yomou est également liée aux populations Kpelle, communément appelées Guerzé en Guinée, et Mano, deux communautés historiques de la Guinée forestière. Au fil des générations, ces populations ont développé des pratiques et des savoirs liés à la forêt, à la terre et aux cours d’eau.
La préfecture dispose par ailleurs d’un patrimoine culturel et naturel comprenant des sites considérés traditionnellement comme sacrés, des grottes et des ponts de lianes, témoins de savoir-faire transmis de génération en génération.
Avec la colonisation, puis l’accession de la Guinée à l’indépendance le 2 octobre 1958, l’organisation territoriale du pays a progressivement évolué.
Yomou est érigée en préfecture en 1963, dans le cadre de la réorganisation administrative de la jeune République de Guinée. Cette évolution marque le passage progressif d’une organisation fondée principalement sur les structures traditionnelles à une administration intégrée à l’organisation territoriale moderne de l’État.
La préfecture comprend aujourd’hui le centre administratif de Yomou et six sous-préfectures : Diécké, Bignamou, Péla, Bhêta, Banié et Bowé.
Pendant plusieurs décennies, l’enclavement géographique a constitué l’un des principaux défis du développement local. La situation frontalière, le relief et les conditions climatiques ont compliqué les déplacements et l’accès à certaines localités.
L’histoire économique de Yomou est fortement associée à la production du palmier à huile et de l’huile de palme, qui a contribué à sa réputation de terre de production d’« huile rouge ».
L’agriculture traditionnelle constitue depuis longtemps la principale activité économique des populations. La culture du palmier à huile, du riz, du manioc et d’autres produits agricoles a favorisé le développement d’une économie essentiellement rurale.
L’implantation de la Société guinéenne de palmier à huile et d’hévéa (SOGUIPAH) a ensuite marqué une nouvelle étape dans l’histoire économique de la préfecture.
Le développement des filières du palmier à huile et de l’hévéa a progressivement transformé le paysage économique local. Les plantations, les activités de transformation et les activités connexes ont contribué au renforcement de la vocation agro-industrielle de Yomou.
La production de caoutchouc, d’huile de palme et d’autres produits agricoles constitue ainsi une composante importante de l’économie locale.
Aujourd’hui, Yomou demeure l’un des territoires emblématiques de la Guinée forestière. Son identité repose sur son héritage traditionnel, les cultures Kpelle et Mano, son patrimoine naturel, ainsi que sa vocation agricole et agro-industrielle.
Sa proximité avec le Liberia constitue également un élément important de son histoire et de ses perspectives de développement.
De Kpogho-Nyalowai à la préfecture moderne de Yomou, le territoire a connu d’importantes transformations administratives, sociales et économiques, tout en conservant une partie de son identité ancestrale.
L’histoire de Yomou ne se limite donc pas à la création de la préfecture en 1963. Elle plonge ses racines dans une histoire ancienne marquée par le royaume traditionnel de Boo, les traditions des peuples de la forêt et un patrimoine culturel et naturel riche.
AGP/28/09/026 AD/CM/AND




