Kankan, 29 sept (AGP)-En Guinée, l’agriculture continue de séduire la nouvelle génération de diplômés décidés à transformer les terres en véritables moteurs de développement. À Batè Diankana, dans la préfecture de Kankan, un chimiste de formation a choisi de troquer le laboratoire pour les champs, misant sur la culture de la papaye. Entre passion, innovation et ambition d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, découvrez le parcours inspirant de cet entrepreneur agricole dans ce reportage.
L’agriculture demeure le socle du développement économique et le principal levier de l’autosuffisance alimentaire. Aujourd’hui, plusieurs jeunes diplômés choisissent de faire fructifier leur savoir au cœur des terres cultivables plutôt que derrière un bureau. C’est le cas de Sékou Diakité, chimiste de formation et entrepreneur agricole installé à Batè Diankana. Animé par une véritable passion pour la terre, il a fait le pari de la culture de la papaye. Ici, à perte de vue, s’étendent des rangées de papayers vigoureux dont les fruits annoncent déjà une récolte prometteuse. Il nous ouvre les portes de son exploitation et explique les différentes étapes de cette spéculation agricole : « D’abord, on commence par les graines, on fait la pépinière et après deux mois au maximum, les paquets sont prêts pour être transplantés. On arrose et on apporte aussi de la matière minérale jusqu’à 3 à 4 mois. À partir du troisième mois, la floraison commence. Si les conditions sont normales, c’est-à-dire que les plantes reçoivent un bon approvisionnement en eau et en nutriments, on peut espérer faire la première récolte dès le septième mois », a-t-il déclaré.
Sur cette plantation, les retombées sont multiples. Au-delà de la rentabilité économique, la culture de la papaye contribue à l’approvisionnement régulier des marchés en fruits de qualité. Sur un hectare, près de 2 500 pieds de papaye ont été mis en terre, un investissement qui participe à la sécurité alimentaire tout en créant des opportunités d’emplois et de revenus pour les communautés locales. « La papaye a beaucoup d’avantages. Prenons un pied de papaye, par exemple : on a commencé la récolte lorsque les fruits mesuraient environ 10 cm. Un pied peut donner jusqu’à 100 fruits si les conditions sont réunies. Dès le septième mois, vous pouvez récolter chaque semaine. Imaginez, sur un hectare avec 2 500 pieds, c’est très avantageux », a-t-il ajouté.
Malgré la bonne fructification de cette plantation de papaye, de nombreuses femmes se déplacent vers le Mali pour se fournir, souvent au prix de difficultés. Fanta Nabé explique : « Nous vendons des fruits comme la banane, le raisin, la pomme, l’orange, la mandarine et la papaye. Actuellement, nous devons aller jusqu’à Bamako pour nous procurer des bananes, qui sont très chères, tout comme le transport. Parfois, à notre retour, une partie pourrit. Nos parents ont tous refusé de cultiver, donc nous rencontrons beaucoup de difficultés », a-t-elle souligné.
Pour d’autres agriculteurs, le choix de la papaye est motivé par la richesse de la végétation. Moussa Sangaré partage son point de vue : « Nous avons compris qu’en Guinée, tout le monde se déplace pour aller chercher des fruits au Mali ou ailleurs pour les revendre à la population. Nous avons donc décidé de nous lancer dans la culture de la papaye pour que la population se nourrisse de ce que nous produisons. Ici, notre terre est riche et favorable à toutes les cultures. Nous devons développer ce secteur pour participer à l’autosuffisance alimentaire », a-t-il affirmé.
Comme toute activité agricole, cette culture n’est pas à l’abri des aléas. Les maladies phytosanitaires, les ravageurs, les effets du changement climatique, le manque d’intrants et les difficultés d’accès à l’eau constituent des défis susceptibles de compromettre les rendements et la qualité de la production. Sékou Diakité a précisé : « D’abord, les plantes ont énormément besoin d’eau. Le manque d’eau les affecte, tout comme le manque de traitement phytosanitaire, car les insectes et les fourmis apprécient ces fruits. Il est donc nécessaire de les combattre avec des insecticides. Les maladies fongiques doivent également être traitées, sans oublier le désherbage, qui doit être effectué régulièrement », a-t-il ajouté.
Il lance un appel à l’État, aux ONG, aux partenaires techniques et financiers, ainsi qu’aux personnes de bonne volonté : « Il y a beaucoup à faire dans l’agriculture. Si nous avions vraiment les moyens nécessaires, nous pourrions réaliser des miracles. Je parle de mécanisation, car la problématique de la main-d’œuvre nous cause énormément de difficultés. Si nous parvenons à mécaniser notre travail, cela nous aidera beaucoup. Nous demandons au gouvernement, aux ONG, et aux personnes de bonne volonté de venir en aide. À défaut d’aide, un partenariat gagnant-gagnant est envisageable », a-t-il conclu.
Actuellement, plusieurs jeunes de la Haute-Guinée ont commencé à se lancer dans des projets agricoles pour lutter contre la famine et favoriser l’autosuffisance alimentaire en Guinée.
AGP/29/09/026 MKK/MKC/AND




