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Guinée : Le chemin de fer Conakry-Niger, un autre patrimoine à préserver

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Conakry, 25 sept. 2026 (AGP)-À l’occasion du 68e anniversaire de l’indépendance de la Guinée, l’histoire du chemin de fer Conakry-Niger rappelle le rôle économique et social qu’a joué cette infrastructure dans le processus ayant conduit le pays à son accession à la souveraineté nationale en 1958.

Considéré à l’époque comme l’un des principaux symboles de modernité du pays, le chemin de fer Conakry-Niger, antérieur à l’indépendance, a contribué au transport des personnes et des marchandises entre la capitale et plusieurs villes de l’intérieur du pays.

Selon Fodé Bangoura, ancien chef de dépôt et membre de l’encadrement du train Conakry Express, les cheminots ont également joué un rôle dans la mobilisation sociale précédant l’indépendance.

« La première génération des locomotives, appelées voitures, offrait un certain confort. Elles transportaient également les premiers présidents de plusieurs pays de la sous-région. Les cheminots étaient de grands syndicalistes et bénéficiaient de certains avantages liés à leur métier. Cette catégorie de travailleurs a contribué à sensibiliser les populations et à l’accession de la Guinée à l’indépendance nationale », a-t-il déclaré à l’AGP.

L’idée de la construction de la ligne ferroviaire est liée aux itinéraires de l’explorateur français René Caillié. La première pierre de la ligne aurait été posée le 7 mai 1900 à Conakry, dans le cadre d’un projet qui devait initialement relier la capitale au port de Benty, dans l’actuelle préfecture de Forécariah.

Entre 1910 et 1911, un projet de prolongement de la ligne vers Sikasso et Bobo-Dioulasso, dans l’actuel Burkina Faso, a été envisagé avant d’être interrompu en 1914 par la Première Guerre mondiale. Le projet ne reprendra qu’après la fin du conflit, en 1945.

À l’indépendance, le réseau ferroviaire est placé sous la responsabilité de l’Office national des chemins de fer (ONCF), qui succède à l’Office national des chemins de fer et routes (ONRR), selon les témoignages recueillis par l’AGP.

Le train assurait le transport des voyageurs et des marchandises, notamment l’acheminement des produits pétroliers vers plusieurs villes de l’intérieur, dont Mamou, considérée comme l’une des principales gares du réseau.

Après l’indépendance, la structure devient la Société nationale des chemins de fer de Guinée (SNCFG), avec un personnel essentiellement guinéen.

Pour Djibril Sylla, ancien conducteur de train de 1972 à 2002 et formateur à l’École nationale des chemins de fer de Guinée, le chemin de fer a contribué à améliorer les conditions de vie des populations et à soutenir l’activité économique.

« Les avantages du train sont aussi bien sociaux qu’économiques. Sa disparition a entraîné celle de plusieurs villages », a-t-il souligné.

Selon plusieurs anciens cheminots, le premier président guinéen, Ahmed Sékou Touré, tenait au maintien de l’activité ferroviaire après le départ des travailleurs coloniaux. Ils affirment que des moyens avaient été mobilisés pour permettre à la société de poursuivre son fonctionnement.

Pour N’sira Camara, du service communication de la SNCFG, le chemin de fer demeure un outil essentiel au développement économique.

« La Guinée dispose d’importantes richesses du sol et du sous-sol. Sans les moyens nécessaires pour relier les différentes régions, il sera difficile de parler de développement économique. Il faut que les autorités s’impliquent davantage dans la reconstruction de cette ligne nationale », a-t-elle déclaré.

Des cheminots ayant connu les différentes périodes de l’histoire de la société estiment qu’après la période de Sékou Touré, le patrimoine ferroviaire a progressivement été délaissé. Certains bâtiments et équipements hérités de la SNCFG auraient été démantelés ou abandonnés, tandis que le secteur ferroviaire figurait moins parmi les priorités des régimes successifs.

La relance du secteur en 2010, avec l’arrivée du train chinois et d’une équipe technique chinoise, a suscité un regain d’espoir chez de nombreux Guinéens ayant connu le chemin de fer avant et après l’indépendance.

Le train a assuré plusieurs voyages entre Conakry et certaines localités de l’intérieur, parfois à perte, selon Abou Keïta, actuel chef du département technique, qui s’inquiète toutefois d’un éventuel nouveau déclin de cette infrastructure historique.

La directrice générale de la Société nationale des chemins de fer de Guinée (SNCFG), Rose Kasso Tenguiano, estime pour sa part que le corridor Simandou 2040 pourrait donner une nouvelle impulsion au réseau ferroviaire national.

Selon elle, la ligne Conakry-Kankan-frontière malienne, communément appelée Conakry-Niger, figure parmi les infrastructures susceptibles de bénéficier de cette dynamique, dans le cadre des projets prioritaires des autorités.

Elle souligne que les infrastructures ferroviaires constituent aujourd’hui un maillon important du développement économique, notamment dans un contexte marqué par la mise en œuvre du mégaprojet Simandou 2040.

« Les voies routières ont montré leurs limites », a-t-elle relevé, précisant que des études de faisabilité ont déjà été engagées sur certains tronçons, notamment la liaison Conakry-Kouriah, avec l’intérêt manifesté par plusieurs partenaires.

Plus de six décennies après l’indépendance, le chemin de fer Conakry-Niger reste ainsi associé à une partie de l’histoire économique et sociale de la Guinée, tout en étant présenté par ses anciens travailleurs comme un levier potentiel pour la relance des échanges entre les différentes régions du pays.

AGP/25/09/026                         MYS/CM/AND

 

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