Labé, 30 sept (AGP)- Un ancien travailleur de la Société industrielle des plantes aromatiques (SIPAR), implantée au quartier Nadhel, dans la commune urbaine de Labé, El Hadj Habib Fadi Diallo, fonctionnaire à la retraite, plaide pour la relance de cette ancienne unité industrielle qui a longtemps contribué à l’activité économique des populations de la région.
Après 30 années passées au sein de la SIPAR, El Hadj Habib Fadi Diallo garde le souvenir d’une structure spécialisée dans la transformation des fleurs, fruits, écorces, feuilles et racines de plantes pour l’extraction d’huiles essentielles afin de fabriquer du parfum.
« La vocation de la SIPAR, c’est de traiter les fleurs, les fruits, les écorces et les racines des plantes. On extrait les huiles essentielles à partir de ces racines, de ces écorces, de ces fruits et de ces feuilles », explique-t-il.
Selon son témoignage, l’histoire de l’entreprise remonte à la période où elle était connue sous le nom de CAP Floral, dont le siège se trouvait à Casablanca. Sa création serait intervenue entre 1929 et 1930, sous la direction de l’administration coloniale.
En 1973, le gouvernement guinéen procède à sa nationalisation et lui attribue le nom de SIPAR, Société industrielle des plantes aromatiques. Ibrahima Baro devient alors le premier directeur de l’entreprise, avant d’être notamment remplacé par Ibrahima Diallo, Bapathé Barry et Laye Kourouma.
Dans le cadre des réformes engagées autour de la restructuration et de la privatisation de certaines entreprises publiques, la SIPAR fait par la suite l’objet d’un appel d’offres. La société française TECOTEX est retenue et prend une participation majoritaire. L’entreprise prend alors le nom de SOPAG, Société des plantes aromatiques de Guinée, sous la direction de Christian Viager.
Durant ses années d’activité, la société s’appuyait sur les populations locales pour la collecte de différentes espèces végétales, notamment les fleurs de bigaradier, d’oranger, de jasmin et de bergamote.
« On avait environ 100 personnes qui travaillaient par jour », se souvient l’ancien employé, évoquant l’importance de la main-d’œuvre mobilisée autour de l’usine. Des collecteurs venus de plusieurs localités approvisionnaient régulièrement l’entreprise en matières premières.
Un système de troc avait également été instauré entre l’entreprise et certaines populations. « On avait instauré l’échange, le troc, entre le riz et les fleurs : deux kilos de fleurs contre un kilo de riz », raconte-t-il.
Les opérations de collecte s’étendaient sur plusieurs dizaines de kilomètres autour de l’usine, notamment vers Koula, Satina et Diari. La proximité des zones de collecte avec l’unité industrielle était, selon lui, indispensable, les fleurs devant être traitées rapidement après leur récolte afin de préserver leur qualité et leur poids.
La SIPAR produisait également des essences à partir de certains fruits. Des campagnes de collecte étaient organisées dans plusieurs préfectures de la moyenne Guinée comme Gaoual, Télimélé, Pita et Lelouma : Cette activité a toutefois été progressivement abandonnée en raison de sa faible rentabilité et des difficultés liées à la disponibilité d’une main-d’œuvre spécialisée.
Pour El Hadj Habib Fadi Diallo, la relance de l’ancienne unité demeure possible. Il estime toutefois qu’elle nécessite d’importants investissements, notamment pour réhabiliter les infrastructures et renouveler les plantations.
Il cite notamment les sites de Saala, Satina et Nadhel, qui pourraient, selon lui, être réhabilités afin de permettre la reprise de la production.
« Pour relancer cette entreprise, ça demande assez d’argent, parce qu’il faut renouveler les plantations et reconstruire les infrastructures », souligne-t-il.
L’ancien travailleur affirme par ailleurs que certains équipements industriels, notamment les chaudières et les alambics, sont encore présents sur le site. Ces installations avaient permis à l’époque, de traiter d’importantes quantités de matières premières.
Après trois décennies passées au sein de l’entreprise, El Hadj Habib Fadi Diallo dit ressentir une profonde émotion face à la situation actuelle de la SIPAR.
« C’est très douloureux d’en parler. J’en ai vécu 30 ans. Je ne voulais pas voir mourir comme ça l’entreprise. Je voulais qu’elle ressuscite », confie-t-il.
Pour lui, la relance de la SIPAR pourrait contribuer à la réactivation d’une filière de collecte et de transformation des plantes aromatiques, tout en offrant de nouvelles opportunités économiques aux populations qui dépendaient autrefois de cette activité.
Fatoumata Binta Diallo AGP Labé




