Conakry, 09 sept. (AGP)- Ils étaient nombreux à croire à une nouvelle opportunité d’enrichissement. En quelques semaines, le nom de LKY s’est imposé dans les conversations, sur les réseaux sociaux et dans les cercles d’investisseurs en Guinée. La promesse était séduisante. « Déposer de l’argent, voir son capital progresser rapidement et, à terme, réaliser des gains jugés considérables ».
Mais pour plusieurs souscripteurs guinéens, le rêve s’est progressivement transformé en inquiétude. Alors que le mois de septembre devait être celui de la consécration et des retraits espérés, des utilisateurs affirment désormais ne plus parvenir à récupérer les fonds en devises étrangères, affichés sur leurs comptes.
Les chiffres, eux, restent visibles. Les soldes continuent parfois d’apparaître sur les interfaces numériques, qui donnent l’impression que l’argent est toujours là. Mais derrière ces montants virtuels se pose une question devenue centrale. Peut-on réellement disposer de cet argent ?
La réponse semble, pour plusieurs utilisateurs, être négative.
Des témoignages rapportés ces derniers jours font état de fonds bloqués et de difficultés à effectuer des retraits. Un souscripteur interrogé par l’AGP affirme avoir placé plus de 10 millions de francs guinéens sur la plateforme sans parvenir à récupérer son argent.
Le phénomène LKY illustre une mécanique désormais bien connue dans l’univers des investissements numériques, celle de la promesse de rendements rapides, parfois présentés comme particulièrement importants. Dans un contexte économique où de nombreux Guinéens cherchent des moyens de développer leurs revenus, ce type d’offre peut rapidement devenir attractif. Le bouche-à-oreille, les publications sur les réseaux sociaux et les témoignages de personnes qui affirment avoir réalisé des gains ont contribué à alimenter l’engouement. Mais le problème apparaît lorsque la possibilité de retirer effectivement les fonds devient incertaine.
Des spécialistes cités par la presse ont également relevé plusieurs signaux d’alerte autour du fonctionnement de LKY, notamment son opacité et les interrogations concernant l’identité de ses responsables et la nature réelle des actifs présentés aux utilisateurs.
Face à la multiplication des offres liées aux crypto-actifs, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), a appelé le public à la vigilance. Dans une communication rendue publique le 6 août 2026, l’institution monétaire a rappelé que le franc guinéen demeure la monnaie ayant cours légal sur le territoire national et a mis en garde contre les plateformes qui proposent des gains financiers rapides ou garantis liés aux crypto-actifs.
La BCRG a également indiqué n’avoir accordé aucun agrément à une entreprise ou à un individu pour collecter des fonds auprès du public ou proposer des placements en cryptomonnaies en Guinée, selon les informations rapportées à partir de cette mise en garde.
La banque centrale, a par ailleurs, demandé aux prestataires de paiement de faire preuve de vigilance face aux opérations suspectes liées à ce type de plateformes.
Le paradoxe est désormais saisissant.
Pour certains souscripteurs, leur compte existe toujours. Les montants apparaissent encore à l’écran. Les chiffres n’ont pas totalement disparu. Pourtant, l’essentiel manque. La possibilité de transformer ces chiffres en argent effectivement disponible.
C’est précisément ce décalage entre la richesse virtuelle affichée et l’argent réellement accessible qui nourrit aujourd’hui la frustration.
« Espérer sans espoir », cette expression résume le sentiment de certains utilisateurs qui avaient placé leurs économies dans l’espoir de profiter d’une ascension rapide de leur capital. Le rêve numérique est toujours visible à l’écran. Mais la réalité financière, elle, semble s’être éloignée.
Au-delà des pertes individuelles, l’affaire pose une question plus large. Que se passe-t-il lorsqu’un citoyen confie son argent à une plateforme qui ne relève pas clairement d’un cadre financier reconnu ? Selon l’économiste Amadou Doumbouya, en service dans une banque de la place, dans un système financier réglementé, l’épargnant sait normalement à qui il confie son argent, quelles règles encadrent l’activité et vers quelle institution se tourner en cas de litige. Mais, dit-il, dans le cas de plateformes non agréées, cette protection peut être beaucoup plus limitée.
Une leçon pour les épargnants car, l’affaire LKY pourrait surtout servir de rappel à des milliers de Guinéens. Un rendement élevé, rapide et présenté comme presque garanti doit toujours susciter la méfiance.
Avant de déposer son argent sur une plateforme numérique, il est essentiel de vérifier son existence légale, son agrément éventuel, l’identité de ses responsables, les conditions de retrait et la nature réelle de l’investissement proposé.
Car lorsque les gains sont affichés en quelques clics, mais que les retraits deviennent impossibles, la frontière entre richesse virtuelle et perte réelle peut devenir extrêmement brutale.
Pour plusieurs souscripteurs de LKY, septembre devait être le mois de la récolte.
Il pourrait finalement rester celui où le rêve s’est brisé. Et derrière les chiffres encore visibles sur les écrans, une question demeure. Combien de Guinéens pourront réellement récupérer leur argent ?
AGP/09/09/026 CM/AND




