Conakry, 11 sept. (AGP)-L’excision, ou mutilation génitale féminine (MGF), reste largement pratiquée en République de Guinée, touchant toutes les communautés et religions du pays. Alors que cette pratique recule progressivement à l’échelle mondiale, la Guinée fait exception. Elle enregistre même une recrudescence, malgré les efforts des autorités gouvernementales appuyées par les partenaires techniques comme l’UNICEF et les organisations locales de défense des droits des femmes.
Selon une étude de Plan International Guinée, 97 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une excision, plaçant ainsi le pays au deuxième rang mondial, juste après la Somalie. Un chiffre alarmant qui témoigne de l’ampleur du phénomène.
Chaque année, pendant les grandes vacances scolaires (juillet à septembre), de nombreuses jeunes filles âgées de 5 à 9 ans sont soumises à l’excision. Ce choix de période n’est pas anodin. Il coïncide avec la disponibilité des enfants, loin des regards extérieurs. Pourtant, les conséquences de cette pratique sont graves dont entre autres, complications médicales, traumatismes psychologiques, voire décès.
Des drames continuent de se produire. En août 2025, Mariam Kesso Diallo, une fillette de cinq ans, est décédée à Koloma 1 dans la commune de Gbessia, après avoir été excisée. Son corps est resté plusieurs jours à la morgue en attente d’une autopsie, ordonnée par la Section régionale de l’Enfance de Conakry.
Les autorités tentent d’agir. En octobre 2024, Sétô Camara, vice-président de la délégation spéciale de Kaloum, a dénoncé la cruauté de cette tradition lors d’une séance de sensibilisation : « Ces pratiques sont profondément ancrées dans nos traditions, mais aucune tradition ne doit justifier la violence. En y mettant fin, nous avançons vers l’égalité, la santé et le bien-être de nos filles ».
De son côté, Alice Tounkara, en service au Ministère de la Promotion Féminine, de l’Enfance et des Personnes Vulnérables (MPFEPV), a profité de la Journée internationale de la tolérance zéro aux MGF en janvier 2025 pour alerter sur les séquelles conjugales de l’excision : « Une femme excisée souffre lors des rapports sexuels. Quand elle refuse par douleur, certains hommes la soupçonnent d’infidélité».
Des affaires récentes montrent que la justice commence à se saisir du problème, même si les sanctions sont parfois jugées insuffisantes.
Le 4 septembre 2025, le tribunal de N’Zérékoré a condamné cinq personnes dont trois vieilles femmes à un mois de prison ferme et deux millions de francs guinéens d’amende pour l’enlèvement et l’excision de Jeannette Kolié, une fillette de 13 ans. Enlevée par sa grand-mère paternelle, elle a été retrouvée dans un camp d’excision à Moata, dans la sous-préfecture de Yalenzou.
Selon Mohamed Mariame Kéita, inspecteur régional du MPFEPV à N’Zérékoré, c’est la grand-mère maternelle qui, inquiète de la disparition de l’enfant, a alerté les autorités. Jeannette a été hospitalisée en urgence.
« La justice a été rendue, mais les blessures restent. À 13 ans, Jeannette est à jamais marquée par une pratique interdite par la loi mais toujours présente », déplore-t-il.
La Guinée dispose pourtant d’un arsenal juridique conséquent pour lutter contre les MGF. La loi L/2008/011/AN, ou Code de l’Enfant, criminalise ces pratiques dans ses articles 405 à 410. Le Code pénal, en son article 258, interdit toutes les formes d’excision, y compris l’ablation partielle ou totale du clitoris, des lèvres vaginales ou encore l’infibulation.
L’article 259 renforce ces interdictions en précisant que toute personne, qu’elle soit auteur, complice, ou simplement favorable à la pratique, est passible de sanctions : « 3 mois à 2 ans de prison pour les cas standards, 5 ans en cas d’acte prémédité et jusqu’à 20 ans en cas de décès de la victime.
Malgré ce cadre légal strict, les poursuites restent rares, les peines souvent légères, et l’impunité persiste dans de nombreuses régions du pays.
Face à cette réalité, les ONG, les institutions étatiques et les acteurs de la société civile appellent à un renforcement de la sensibilisation, de la prévention et de l’application des lois. Il ne suffit plus de condamner dans les discours. Des actions concrètes, durables et coordonnées sont nécessaires.
Au-delà des textes, c’est un changement profond des mentalités qu’il faut amorcer. L’excision, souvent justifiée par la tradition ou des croyances religieuses erronées, est une forme de violence basée sur le genre. Elle viole les droits fondamentaux des filles à la santé, à l’intégrité physique, et à la dignité.
La Guinée ne pourra aspirer à une société égalitaire tant que des milliers de jeunes filles continueront de subir ces mutilations dans l’ombre, au nom de coutumes qui les condamnent à la douleur, au silence et parfois à la mort.
AGP/11/09/2025 MLK/CM/AND




