Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a promulgué une loi doublant la peine maximale pour les relations homosexuelles, les rendant passibles d’une peine allant jusqu’à 10 ans de prison, dans un contexte de répression contre la communauté gay du pays.
La loi, signée lundi et parue au Journal officiel diffusé mardi, a été adoptée à une très large majorité par l’Assemblée nationale et prévoit également des sanctions pénales pour les personnes reconnues coupables de promouvoir ou de financer des relations homosexuelles.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a qualifié la loi de « profondément inquiétante » après son adoption par le Parlement et a déclaré qu’elle « bafoue les droits de l’homme sacro-sains ».
La loi punit les « actes contre nature », terme utilisé pour désigner les relations homosexuelles, d’une peine de cinq à dix ans d’emprisonnement, contre un à cinq ans auparavant.
Elle prévoit également des peines de trois à sept ans de prison pour les personnes reconnues coupables de promouvoir ou de financer des relations homosexuelles.
Selon les médias, des dizaines d’hommes ont été arrêtés en vertu des lois anti-LGBTQ depuis février, date à laquelle la police a interpellé 12 hommes, dont deux célébrités locales, marquant le début d’une vague d’arrestations.
Les arrestations sont souvent fondées sur des accusations et des perquisitions téléphoniques, qui sont rapportées presque quotidiennement, et les noms des personnes détenues sont rendus publics.
La nouvelle loi sanctionne en outre toute personne qui accuse une autre personne d’infractions homosexuelles « sans preuve ».
Après plusieurs heures de débat, les législateurs ont approuvé le projet de loi par un vote de 135 voix pour, zéro contre et trois abstentions le 11 mars.
En vertu de la loi, la peine maximale sera prononcée si l’acte a été commis sur un mineur.
La sanction comprendra en outre des amendes de deux à dix millions de francs CFA (3 500 à 17 600 dollars), contre 100 000 à 1,5 million de francs CFA auparavant.
L’organisation de défense des droits LGBTQ ILGA World avait appelé Faye à ne pas signer le projet de loi, l’exhortant à défendre le « respect de la liberté individuelle et de la personne humaine ».
Ces dernières années, les questions LGBTQ ont suscité la controverse au Sénégal, où la défense des droits des homosexuels est fréquemment dénoncée comme un outil utilisé par les Occidentaux pour imposer des valeurs étrangères.
Des associations religieuses de ce pays d’Afrique de l’Ouest à majorité musulmane ont organisé des manifestations pour exiger des sanctions plus sévères.
Ousmane Sonko, avant de devenir le Premier ministre très influent du Sénégal en 2024, avait promis de faire des relations homosexuelles un crime, en faisant passer l’infraction de sa classification actuelle de délit mineur.
Cependant, la nouvelle loi, que Sonko lui-même a présentée au Parlement, maintient le même statut de délit.
AFP




