Matam, 04 fév. (AGP)- L’insalubrité et la crise d’eau constituent, depuis plusieurs années, un véritable serpent de mer pour les populations de la commune de Matam. Ces deux fléaux mettent en évidence les limites des différentes autorités communales qui se sont succédé depuis 2009, sans parvenir à apporter des solutions durables.

Afin de toucher du doigt les réalités, la rédaction de l’AGP  a sillonné plusieurs quartiers de la commune, notamment Coleah Corniche, Boussoura, Matam, Bonfi Port, Carrière et Kermakonon. Dans ces zones fortement peuplées, le civisme semble avoir cédé la place à une insalubrité grandissante.

Des tas d’immondices jonchent les concessions et les principales artères. Les eaux usées et souillées s’écoulent à ciel ouvert entre les habitations, créant un environnement malsain pour les riverains.

À Bonfi et Kermakonon, les visiteurs sont particulièrement frappés par les conditions de vie des habitants. À chaque pas, il faut redoubler de vigilance pour éviter les eaux usées qui envahissent régulièrement les rues.

Alpha Amadou Diallo, habitant de Kermakonon, exprime son désarroi : « Je suis très gêné par ce que nous vivons ici. L’eau sale coule partout parce que chacun a ouvert sa toilette sur la route », se plaint-il.

Au quartier Matam mosquée, l’insalubrité se conjugue à une grave crise d’eau. Depuis 2009, les robinets sont à sec et les populations éprouvent d’énormes difficultés pour s’approvisionner en eau potable. Selon des informations recueillies auprès des habitants, la conduite d’eau aurait été endommagée lors des travaux de reconstruction de l’autoroute Fidel Castro la même année.

Depuis lors, l’eau est devenue une véritable marchandise. Un bidon de 20 litres se vend à 1 000 francs guinéens. Chaque matin, charrettes et tricycles chargés de bidons d’eau se bousculent devant les concessions, pendant que les familles se précipitent pour s’en procurer.

Pour Aïcha Bobo Soumah, cette situation est vécue comme une condamnation :

« Depuis plus de dix ans, nous vivons cette crise d’eau ici. Aucune pompe ne fonctionne. Nous sommes obligés de dépenser entre 30 000 et 50 000 francs pour l’eau destinée à la cuisine, aux toilettes et aux autres besoins. Personne ne peut vivre sans eau », explique-t-elle.

De son côté, Ciré Bah, revendeur d’eau à l’aide de son tricycle, tire profit de cette pénurie. « Mon tricycle transporte entre 65 et 68 bidons que j’achète à la pompe à 500 francs l’unité, puis je revends chaque bidon à 1 000 francs. Je fais entre 4 et 6 voyages par jour, surtout les week-ends. Après le carburant, je peux gagner entre 500 000 et 700 000 francs par jour. C’est pénible physiquement, mais très rentable », confie-t-il.

En attendant une réaction des autorités face à ce calvaire, les forages se multiplient anarchiquement dans la commune de Matam. Une situation qui inquiète, car elle pourrait fragiliser les nappes phréatiques et provoquer, à terme, des affaissements de terrain.

AGP/04/02/026                       BOS/CM/AND