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M’Balia Camara et Hadja Mafory Bangoura deux femmes, un combat politique pour une Nation libre

Publié le

 

Conakry, 30 sept (AGP)- Avant le 2 octobre 1958, avant le drapeau guinéen et avant la naissance de la République indépendante, une autre bataille se jouait.

Une bataille politique, sociale et populaire contre le système colonial.

Dans cette histoire, les hommes occupent souvent le premier plan.

Mais derrière les grandes figures du mouvement nationaliste, des milliers de femmes ont participé à la mobilisation.

Elles ont manifesté, elles ont organisé,elles ont soutenu les militants, elles ont pris des risques.

Parmi elles, deux noms sont restés dans la mémoire nationale : M’Balia Camara et Mafory Bangoura.

Deux femmes aux parcours différents.

L’une meurt avant de voir la Guinée indépendante.

L’autre vivra l’indépendance et deviendra une responsable politique de premier plan.

Leurs histoires racontent une autre dimension de la lutte pour la libération de la Guinée

À Posséah, dans l’actuelle préfecture de Dubréka, naît M’Balia Camara, dans une famille paysanne.

Elle s’engage dans le mouvement nationaliste et devient militante du Rassemblement démocratique africain, le RDA.

À Tondon, elle participe à l’organisation des femmes du mouvement en 1955.

A cette époque La Guinée était encore sous administration française.

À Tondon, les tensions politiques sont fortes. Le RDA conteste notamment l’autorité de certains représentants de l’administration coloniale et de la chefferie locale.

C’est dans ce contexte que survient l’événement qui va bouleverser la vie de M’Balia Camara.

Les sources historiques rapportent que le 9 février 1955, alors qu’une opération de collecte d’impôts provoque un affrontement, des femmes se regroupent pour empêcher l’arrestation de militants. M’Balia est présente et enceinte.

Le chef de canton David Sylla s’avance vers elle et la frappe avec un sabre.

Grièvement blessée, elle est transportée à Conakry.

Deux jours plus tard, elle donne naissance à un enfant mort-né.

M’Balia Camara meurt le 18 février 1955

Sa mort provoque une immense émotion.

Plusieurs milliers de personnes participent à ses funérailles, selon les récits historiques disponibles.

Pour le mouvement nationaliste, M’Balia devient alors un symbole du sacrifice des femmes dans la lutte anticoloniale.

Mais l’histoire comporte aussi une nuance importante.

En 1956, David Sylla est jugé à Conakry.

Le tribunal le condamne à un an de prison et à une amende de 300 000 francs pour coups et blessures ayant occasionné des mutilations.

La qualification judiciaire retenue n’est donc pas celle d’assassinat.

Cette distinction entre le jugement judiciaire et la mémoire politique de l’événement est importante pour comprendre comment M’Balia est devenue une figure majeure de l’histoire nationale.

Dans le même sillage, une autre femme s’impose dans le mouvement nationaliste, son nom : Hadja Aïssatou Mafory Bangoura.

Née vers 1910 à Wonkifon, elle quitte sa région pour Conakry où elle travaille comme couturière.

Elle participe à la mobilisation politique des femmes et devient progressivement l’une des figures importantes du RDA.

En 1953, pendant la grande grève, elle contribue à organiser les femmes.

Son rôle devient suffisamment important pour qu’elle soit chargée de mobiliser les femmes autour du mouvement.

Elle devient ensuite présidente du comité des femmes du RDA.

Mafory Bangoura ne se contente pas d’appeler les femmes à soutenir le mouvement. Elle les organise tel un leader en les encourageant à participer aux campagnes politiques et à apporter un soutien matériel au mouvement.

Certaines sources rapportent également qu’elle organise des groupes féminins de défense liés au mouvement nationaliste.

Ces épisodes montrent que la participation des femmes ne se limitait pas au rôle traditionnel de soutien familial : certaines d’entre elles occupaient désormais une place active dans la mobilisation politique.

Comme d’autres militants nationalistes, Mafory Bangoura connaît la répression.

En 1955, elle est condamnée à une peine de prison pour ses activités politiques.

La mobilisation de femmes autour de son arrestation contribue ensuite à sa libération.

Son parcours rejoint alors celui de nombreuses militantes guinéennes : participer à la lutte signifiait aussi affronter les autorités coloniales.

M’Balia Camara et Mafory Bangoura ne racontent pas exactement la même histoire.

M’Balia incarne, dans la mémoire nationale, le sacrifice d’une militante morte au cœur de la lutte.

Mafory représente un autre parcours : celui d’une militante qui poursuit son engagement après l’indépendance et accède aux responsabilités de l’État.

Mais leurs trajectoires ont un point commun.

Toutes deux montrent que les femmes n’étaient pas absentes de la lutte pour l’indépendance. Elles étaient dans les comités, dans les rassemblements, dans des quartiers, dans des villages mais aussi et surtout dans les mobilisations politiques.

Des sources historiques décrivent d’ailleurs les femmes guinéennes comme des militantes, des propagandistes et des soutiens matériels et moraux importants du mouvement nationaliste.

Après leur disparition, leurs noms continuent de vivre.

M’Balia Camara est commémorée en Guinée et son nom a été donné notamment à des espaces publics.

Mafory Bangoura, elle aussi, demeure présente dans la mémoire collective. Un établissement scolaire de Madina, à Conakry, porte aujourd’hui son nom.

Dans le récit de la naissance de la Guinée indépendante, quelle place accorde-t-on aux femmes ?

Car derrière les grandes dates de 1958, il y avait aussi des femmes anonymes. Des épouses, des mères, des travailleuses, des commerçantes, des militantes.

Certaines ont manifesté, d’autres par contre ont été emprisonnées. Comme M’Balia Camara, qui a payé le prix de son engagement.

En outre, M’Balia Camara et Mafory Bangoura appartiennent à une génération qui a vécu l’une des grandes transformations de l’histoire de la Guinée.

L’une est devenue un symbole du sacrifice. L’autre a poursuivi son combat jusqu’aux responsabilités politiques.

Deux destins différents, deux voix, deux façons de participer à une même histoire.

Celle d’un peuple qui réclamait sa liberté.

Aujourd’hui, leurs noms sont encore prononcés.

Leur histoire demeure.

Et à travers elles, c’est aussi l’histoire de milliers de femmes guinéennes qui mérite d’être racontée.

M’Balia Camara. Mafory Bangoura.

Deux femmes. Deux héroïnes de la mémoire guinéenne.

Et deux visages d’une lutte à laquelle les femmes ont pleinement participé.

Aissata Moussa Camara, AGP Tombolia 

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