N’Zérékoré, 20 avr. (AGP)- Le marché d’huile rouge connaît une chute des prix ces derniers temps sur les marchés dans la zone forestière notamment dans la préfecture de N’zérékoré où les producteurs de cette denrée de grande consommation lancent un cri de cœur aux autorités.
Vendu l’année dernière à plus de 200.000 francs le bidon de vingt litres, la même quantité se négocie à date autour de 60 mille, 70 mille ou 80 mille francs guinéens sur les marchés hebdomadaires de la région.
Notre correspondante régionale s’est intéressée à ce sujet et a rencontré certains producteurs du district de Gbouo situé à 30km de la commune urbaine de N’Zérékoré.
Suite à cette crise que connaissent les producteurs d’huile rouge, Abraham Loua se dit désespéré.
« La baisse du prix sur le marché m’affaiblit. Ça me donne la peine même de travailler dans ma plantation. Parce qu’en investissant dans l’agriculture, c’est une grosse dépense et quand on investit, il faut qu’on ait un retour à l’investissement au bout de 3 à 4 ans. Si à partir du retour à l’investissement, on n’arrive même pas à supporter le coût, ni même de la prise en charge des mains d’œuvre de la plantation, cela fait mal.
Et pour faire face à la charge de la plantation, c’est-à-dire le nettoyage, la coupe des régimes, le transport, la production, l’entretien des machines et l’extraction, je suis obligé d’aller vers les institutions bancaires pour faire un prêt. Franchement, je regrette de m’avoir lancé dans l’agriculture »
Il explique cette baisse du prix de l’huile rouge en région forestière par l’importation de l’huile en provenance de certains pays frontaliers mais aussi de la décision de l’Etat guinéen qui interdit d’exportation des produits locaux.
« A l’heure, l’huile quitte le Libéria pour la Guinée précisément à N’Zérékoré. Et la quantité que nous produisons, l’Etat ne nous permet pas de vendre ailleurs. Ce qui fait que nos produits locaux perdent de leur valeur. D’après tout ce qu’on a expliqué, tu finis la production et on te dit un bidon à 60.000fg. Les frontières sont fermées. Ça ne donne pas le courage de travailler. C’est pourquoi je demande à l’Etat de penser à notre cause », a-t-il dit.
« Aujourd’hui, il y a un problème auquel nous assistons sur le marché. Le prix d’un sac de riz est fixé à 372.000fg. Vous imaginez ? Et même le prix d’un bidon d’huile d’arachide, on nous parle 300 et quelques mille francs pendant que le bidon d’huile d’arachide équivaut au même bidon d’huile rouge que nous produisons en Guinée forestière. Et on dit que le prix d’huile rouge c’est 60.000fg. Ce n’est même pas égal à la moitié du prix d’un bidon d’huile d’arachide. Ou même la moitié du prix du sac de riz. Nous souffrons vraiment. On ne peut même pas expliquer car les mots nous manquent.
C’est pourquoi j’appelle le chef de l’Etat à jeter un regard sur les produits locaux parce que je crois que c’est du fait que l’huile ne sort pas du pays qui provoque tout cela. » explique avec amertume Jérôme Loua, producteur d’huile rouge.
Madame Véronique KPOGHOMOU, une productrice d’huile rouge, vit dans les mêmes réalités depuis plusieurs mois. Elle voit ses rêves devenir un cauchemar à cause de la baisse drastique du prix d’huile rouge sur le marché.
« On prend des gens pour venir couper les régimes et cela demande beaucoup d’argent. Après, on cherche d’autres personnes pour égrapper et un troisime groupe pour tamiser avant d’emmener à l’usine. Toutes ces étapes demandent de l’argent. Après toutes ces difficultés, on se retrouve les mains vides parce que tout simplement le prix de l’huile sur le marché est catastrophique. Nous sommes vraiment découragés. Mes enfants sont à Conakry pour étudier. Quand ils appellent actuellement, je leur dis qu’il n’y a rien.
Ce que je veux demander au gouvernement, c’est de nous aider parce que le seul produit qui peut nous aider à subvenir à besoins en ce temps précis, c’est l’huile. Et si le prix reste ainsi, nos enfants ne pourront pas étudier. Seule l’huile nous aide à vivre. Education, santé, manger et autres, c’est le revenu de l’huile. Il faut que l’Etat révise cette situation », se lamente Nowai Kpoghomou.
A noter que la filière d’huile rouge intéresse de plus en plus des personnes en région forestière. Cette grande affluence dans le domaine impacte également sur le prix. Il est donc important que l’Etat intervienne dans le but de valoriser la production d’huile rouge dans la zone forestière voire si possible de l’exporter vers le marché international pour soulager les producteurs.
AGP/20/04/024 MLK/CM




