Le Nigeria organise des élections en janvier prochain et la vingtaine de partis politiques du pays le plus peuplé d’Afrique respectent cette semaine leurs primaires présidentielles.
L’APC, le parti au pouvoir, devrait présenter le président sortant Bola Tinubu, âgé de 73 ans, pour un second mandat.
Le mécontentement généralisé face aux réformes économiques de Tinubu – qui, selon le gouvernement et des analystes indépendants, ont relancé l’économie et attiré les investisseurs malgré une sévère inflation et une augmentation de la pauvreté ces quatre dernières années – ainsi que l’aggravation des problèmes de sécurité pourrait entraîner sa campagne pour sa réélection.
Mais l’éclatement de l’opposition pourrait offrir à Tinubu une victoire facile.
L’AFP fait le point sur la situation à huit mois des élections.
Quelles sont les chances de réélection de Tinubu ?
Une opposition divisée, son influence personnelle, l’avantage du sortant et la couverture géographique de son parti au pouvoir, le Congrès des progressistes (APC), font de Tinubu le favori de cette élection.
Considéré comme l’un des stratèges politiques et négociateurs les plus avisés du Nigeria, Tinubu exerce une entreprise totale sur la vie politique du pays depuis son arrivée au pouvoir en 2023.
Son parti a consolidé une prise totale sur le pouvoir de cet Etat fédéral : il contrôle désormais 31 des 36 Etats du pays (contre 21 en 2023) grâce à la défection de nombreux gouverneurs de l’opposition qui ont rejoint l’APC.
Quelles sont les principales figures de l’opposition ?
En 2023, le Parti démocratique du peuple (PDP) et le Parti travailliste (LP) étaient les principaux partis d’opposition à l’APC, à la tête du pays depuis 2015.
Ces deux partis s’étant fortement affaiblis ces dernières années, le Congrès démocratique africain (ADC) et le Congrès démocratique nigérian (NDC) dominent désormais l’opposition.
Peter Obi, Atiku Abubakar et Rabiu Kwankwaso, qui ont tous affronté Tinubu lors du précédent examen, se sont regroupés au sein d’une coalition menée par l’ADC.
Mais depuis, cette alliance s’est disloquée.
Que s’est-il passé lors du dernier scrutin présidentiel ?
Tinubu a remporté la présidentielle de 2023 avec 36,6 % des voix. Atiku Abubakar a obtenu 29 %, Peter Obi 25 % et Rabiu Kwankwaso un peu plus de 6 %.
Selon les experts, un scénario similaire reste possible.
L’idée d’une opposition unie a été fragilisée plus tôt ce mois-ci lorsque Obi, initialement du LP et Kwankwaso du PDP ont changé de parti pour rejoindre le NDC, tandis que leurs partisans se ralliaient autour de ce qu’ils ont baptisé le mouvement « OK ».
« L’opposition a consacré son énergie à se combattre elle-même plutôt qu’à construire une synergie », a déclaré à l’AFP Remi Aiyede, professeur de sciences politiques à l’université d’Ibadan.
À qui l’opposition attribue-t-elle ses difficultés ?
Le PDP, l’ADC et le LP sont engagés dans des contentieux judiciaires liés à des rivalités internes.
Des figures de l’opposition attribuent ces querelles à ce qu’elles sont identifiées comme une infiltration de leurs rangs par l’APC.
Obi a affirmé que « l’État nigérian et ses agents » ont préférentiellement diminué l’opposition à travers « des procès sans fin, des luttes internes, la suspicion et les divisions ».
Aucune preuve ne vient étayer ces accusations, mais dans un pays où la vie politique est marquée par des rebondissements, des théories du complot et des changements fréquents de partis, ce type d’allégations est courant.
Femi Gbajabiamila, ancien président de la Chambre des représentants et actuel directeur de cabinet de Tinubu, a été filmé en train d’encourager un député, Leke Abejide, à « rester à l’ADC, pour les combattre et les disperser ».
M. Abejide a par la suite assuré que ces propositions étaient une plaisanterie.
Le PDP, au pouvoir entre 1999 et 2015, a été le parti le plus durement touché par les tensions, ne comptant plus qu’un seul gouverneur, contre le 13 en 2023.
En décembre, lors d’un discours devant l’Assemblée nationale, Bola Tinubu, s’était moqué des difficultés de l’opposition, déclaré qu’il était « vraiment agréable de vous voir dans un tel désarroi ».
Quels rôles jouent la religion et l’ethnicité ?
Les efforts de l’opposition ont également été entravés par des facteurs religieux, ethniques et géographiques.
Le pays le plus peuplé d’Afrique est divisé entre un sud à majorité chrétienne et un nord majoritairement musulman.
M. Tinubu, originaire du sud, a accédé à la présidence après les deux mandats du nordiste Muhammadu Buhari. Pour certains, cela signifie un retour du pouvoir vers le sud, même si Tinubu, comme Buhari, est musulman.
Beaucoup considèrent que le pouvoir devrait encore revenir à un sudiste – pour contrebalancer les huit années au pouvoir de M. Buhari – et des analystes estiment que l’opposition aurait davantage de chances si elle s’unissait derrière un candidat du sud.
AFP




