L’Est de la République démocratique du Congo fait face à une recrudescence préoccupante de la fièvre hémorragique Ebola, que l’Organisation mondiale de la santé qualifie de « rapide et étendue », suscitant une mobilisation internationale d’urgence.
Selon les autorités sanitaires congolaises, l’épidémie aurait déjà entraîné environ 136 décès suspects et plus de 540 cas probables, dans une zone marquée par l’insécurité chronique et des difficultés d’accès.
À Bunia, dans la province de l’Ituri, l’OMS a acheminé près de 12 tonnes de matériel médical, incluant des équipements de protection individuelle destinés aux personnels de santé en première ligne, ainsi que plus de 40 experts déployés sur le terrain depuis mardi. Parallèlement, l’ONG Médecins Sans Frontières a confirmé l’arrivée de fournitures d’urgence destinées à renforcer la riposte sanitaire locale.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est dit « profondément préoccupé » par la dynamique de propagation du virus, tandis que les autorités congolaises appellent à un soutien international accru. Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, a indiqué que des équipements supplémentaires étaient en cours de livraison afin de pallier les graves insuffisances des structures locales.
L’épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, contre laquelle il n’existe ni vaccin largement disponible ni traitement spécifique validé, selon les autorités sanitaires. Cette limitation complique fortement la riposte, alors même qu’un candidat-vaccin, Ervebo, est encore en phase d’évaluation et ne serait pas disponible avant plusieurs semaines.
La propagation du virus est aggravée par le contexte sécuritaire. Dans plusieurs zones de l’Ituri, notamment à Rwampara, les équipes médicales opèrent dans des conditions précaires, parfois sans équipements de protection suffisants. Les autorités locales font état de difficultés majeures pour isoler les cas suspects et organiser le triage des patients.
La situation est d’autant plus critique que l’épidémie s’étend au-delà de son foyer initial, avec des cas suspects signalés dans le Nord-Kivu, notamment à Butembo et à Goma. Cette dernière ville, capitale provinciale stratégique, demeure fragilisée par des tensions armées persistantes.
Sur le plan politique et diplomatique, le président congolais Félix Tshisekedi a appelé la population au calme et à la vigilance. Le médecin et lauréat du prix Nobel de la paix Denis Mukwege a, pour sa part, exhorté les autorités locales à faciliter l’accès humanitaire, notamment par la réouverture de l’aéroport de Goma.
La crise sanitaire suscite également des réactions internationales. Les États-Unis ont annoncé des mesures de dépistage renforcées et des restrictions de visa, tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio a évoqué un plan d’ouverture d’une cinquantaine de centres de traitement en RDC. Washington a par ailleurs débloqué une aide d’urgence de 13 millions de dollars.
Dans la région, l’Ouganda a confirmé l’apparition de cas liés à des déplacements transfrontaliers, soulignant le risque d’extension régionale de la maladie. Les autorités sanitaires redoutent une diffusion prolongée, dans un contexte où l’Afrique centrale a déjà connu plusieurs flambées meurtrières, dont celle de 2018-2020 en RDC, qui avait causé près de 2 300 décès.
Face à cette crise, l’OMS alerte sur une épidémie appelée à durer, tandis que les humanitaires soulignent la fragilité des dispositifs de réponse dans une zone où les infrastructures sanitaires restent limitées et exposées aux conflits armés.
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