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Religion : Plaidoyer pour un Islam de Science, contre un Islam de rigidité

Publié le

 

 

 

Conakry, 10 Déc (AGP)- Il y a un phénomène dont on doit, avec lucidité et courage, accepter de parler. Un phénomène dangereux. Celui d’une nouvelle forme d’arrogance religieuse, masquée sous les habits de la “sunnah”, mais vidée de sa profondeur, de sa miséricorde et de sa sagesse.

Le Professeur Koutoub Sanoh, dont l’érudition, la constance et la probité intellectuelle sont connues bien au-delà de nos frontières, fait aujourd’hui l’objet d’attaques pour la seule raison qu’il refuse de réduire l’Islam à une lecture étroite, rigide et obsessionnelle de l’apparence. On lui reproche de ne pas imposer strictement certains usages — la couleur des vêtements, la barbe, et autres détails — comme s’ils constituaient le socle même de la religion. Or, il faut avoir le courage de le dire sans détour : ces questions ne relèvent pas des fondements de l’Islam. Elles ne se situent pas au niveau des cinq piliers, ni au rang des obligations dont l’abandon constitue un péché certain.

Le vrai danger commence précisément ici : lorsque le recommandé est élevé au rang de l’obligatoire, lorsque l’accessoire prend la place de l’essentiel, lorsque l’apparence l’emporte sur la conscience, lorsque la robe devient plus sacrée que la prière, et la barbe plus déterminante que la justice. C’est ainsi que naissent toutes les dérives. Ce sont ces excès que le Prophète — paix et salut sur lui — a dénoncés sans ambiguïté, affirmant que ceux qui ont péri avant nous l’ont été justement à cause de leur radicalité dans la religion.

L’Islam n’a jamais été monolithique. La divergence y est une miséricorde lorsqu’elle est portée par la science. Les plus grands imams – Abū Ḥanīfa, Mālik ibn Anas, al-Shāfiʿī et Aḥmad ibn Ḥanbal – de cette communauté ont divergé sur d’innombrables questions sans jamais s’exclure de l’Islam, ni se jeter l’anathème. Celui qui prétend aujourd’hui imposer une seule lecture comme seule voie possible vers Dieu adopte, consciemment ou non, une posture sectaire.

Il faut également rappeler une vérité essentielle dans ces temps troublés : on ne devient pas savant par la popularité, ni par la viralité, ni par l’ardeur des invectives. On devient savant par l’apprentissage patient, la fréquentation des maîtres, la maîtrise rigoureuse du savoir et la connaissance du réel.

Donner une fatwa n’est pas un acte émotionnel. C’est un acte de science, de responsabilité et de crainte de Dieu. Cela exige impérativement :

 

— la connaissance du Coran,

— de la Sunna,

— des causes de révélation,

— des abrogeants et abrogés,

— du consensus (ijmāʿ),

— des divergences (ikhtilāf),

— du réel vécu (fiqh al-wāqiʿ).

Allah Lui-même a ordonné aux ignorants de s’adresser aux gens du savoir.

Derrière cette polémique se cache donc un péril bien plus grave que la simple divergence juridique : le mépris des savants. Or, le respect du savoir n’est pas une option dans l’Islam ; c’est une prescription prophétique. Les savants sont les héritiers des prophètes. Les attaquer avec légèreté pour des questions secondaires, c’est fragiliser le cœur même de la transmission religieuse.

L’histoire nous l’a suffisamment enseigné : toutes les formes d’extrémisme commencent par une obsession du détail, par une sacralisation de l’apparence, par une réduction de la religion à des signes extérieurs, pendant que les grandes valeurs — l’équité, la miséricorde, la pudeur du cœur, la dignité humaine — sont reléguées à l’arrière-plan. Les pires dérives sont toujours nées de cette confusion entre rigueur spirituelle et dureté idéologique.

L’Islam n’est pas une prison vestimentaire, ni une uniformisation des corps. Il est une voie de sagesse. Il est venu préserver la foi, la vie, l’intellect, la dignité, la descendance et les biens. Tout ce qui écrase ces finalités, fût-ce au nom de la “sunnah”, ne relève plus de la religion, mais de sa caricature.

Le Professeur Koutoub Sanoh s’inscrit, au contraire, dans cette lignée de savants qui protègent la religion de ses deux ennemis historiques : la négligence d’un côté, et le fanatisme de l’autre. Il ne fragilise pas l’Islam. Il le défend dans sa profondeur, dans son intelligence et dans sa fidélité à l’esprit du Texte.

Il faut donc le dire clairement, sans trembler : Le danger aujourd’hui n’est pas la souplesse des savants, mais la dureté de certains ignorants.

Ce ne sont pas ceux qui nuancent la religion qui l’affaiblissent ; ce sont ceux qui la transforment en instrument de jugement, d’humiliation et de division. La vraie trahison de l’Islam ne vient pas de la science, mais de l’excès.

𝐀𝐛𝐝𝐨𝐮𝐥𝐚𝐲𝐞 𝐌 𝐊𝐄𝐈𝐓𝐀

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