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Vers le 02 octobre: De l’OUA à l’UA : la Guinée en première ligne

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Conakry, 28 Sept (AGP)- Soixante-huit ans après son accession à l’indépendance, la République de Guinée est fière d’avoir joué un rôle déterminant dans le processus qui a conduit à la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), le 25 mai 1963 à Addis-Abeba. À travers ses choix diplomatiques, ses initiatives panafricaines et le courage de ses dirigeants, la Guinée a contribué à faire de l’Unité africaine un projet politique porté au plus haut niveau du continent.

La Guinée figure parmi les 32 États africains indépendants qui ont adopté, à Addis-Abeba, la Charte fondatrice de l’OUA. Les archives de l’Union africaine établissent sa participation dès le 25 mai 1963, date de naissance de l’organisation continentale.

Mais pour comprendre le rôle de la Guinée dans cette naissance de l’OUA, il faut remonter plusieurs années avant Addis-Abeba car, les premiers jalons ont été posés depuis Conakry. L’indépendance proclamée en 1958 sous la direction d’Ahmed Sékou Touré avait donné à la Guinée une diplomatie fortement orientée vers la souveraineté et l’unité du continent. Dès les premières années de l’indépendance, Conakry devint un lieu de rencontres et de réflexion sur les formes possibles de rapprochement entre États africains.

Un épisode majeur intervient en 1958 avec le rapprochement entre la Guinée d’Ahmed Sékou Touré et le Ghana de Kwame Nkrumah. Cette dynamique débouchera sur la création de l’Union Ghana-Guinée, à laquelle le Mali de Modibo Keïta sera associé en 1960. Cette expérience, même si elle ne déboucha pas sur une intégration durable, constitue l’un des premiers laboratoires politiques de l’unité africaine au lendemain des indépendances.

La portée de cette expérience dépasse alors les frontières des trois pays. Elle traduit une conviction partagée par plusieurs dirigeants de la génération des indépendances, c’est-à-dire, la souveraineté politique ne devait pas nécessairement conduire à l’isolement des nouveaux États africains.

Le président Ahmed Sékou Touré défendait lui-même l’idée que la coopération entre États africains devait contribuer au développement économique et social du continent. Lors d’un entretien avec le président américain John F. Kennedy, en octobre 1962, il expliquait que la Guinée avait entrepris plusieurs démarches en faveur d’une plus grande unité africaine et que cette coopération devait favoriser le développement économique et social du continent.

La Guinée a été donc très active dans les débats qui ont précédé l’OUA. À l’approche de 1963, le continent africain était traversé par plusieurs conceptions de l’unité. Le groupe de Casablanca, auquel étaient associés le Ghana, la Guinée et le Mali, défendait une intégration politique africaine plus ambitieuse. D’autres États privilégiaient une coopération interétatique plus graduelle. Et la conférence d’Addis-Abeba allait précisément permettre de dépasser ces clivages.

La Guinée participe pleinement aux discussions préparatoires puis à la conférence des Chefs d’État et de gouvernement qui aboutit à la création de l’OUA. Les archives de l’Union africaine conservent les comptes rendus des réunions préparatoires de mai 1963 ainsi que les documents relatifs au sommet fondateur.

Le discours prononcé par Ahmed Sékou Touré à Addis-Abeba témoigne de la place qu’il accordait à cette nouvelle organisation. Dans cette intervention, le dirigeant guinéen défend l’idée que l’unité africaine devait être construite autour de la Charte commune plutôt qu’autour d’un seul dirigeant, d’une seule nation ou d’une seule religion. Il présente cette unité comme une œuvre appelée à se poursuivre au fil des générations.

Cette position est importante car, elle montre que, malgré les divergences qui opposaient alors les différents courants du panafricanisme, la Guinée acceptait de faire de l’OUA le cadre continental commun.

Un document des Nations unies consacré aux relations guinéo-ghanéennes rapporte d’ailleurs qu’après Addis-Abeba, le feu président Ahmed Sékou Touré déclara que la Guinée renonçait aux anciens regroupements politiques pour réserver à l’Organisation de l’unité africaine le rôle politique continental.

L’empreinte de la Guinée ne s’arrête pas à la signature de la Charte. Un an après la naissance de l’OUA, le Guinéen, Boubacar Diallo Telli, est élu premier secrétaire général de l’organisation en juillet 1964. Il obtient 23 voix sur 33, selon un compte rendu publié à l’époque par le journal Le Monde. Avant cette élection, Diallo Telli avait été ambassadeur de Guinée, représentant permanent auprès des Nations unies et Conseiller du Président Ahmed Sékou Touré dans le cadre des initiatives d’unité avec le Ghana.

Cette élection constitue un témoignage institutionnel particulièrement fort de la présence guinéenne dans les premières années de l’organisation continentale.

Le rôle de Diallo Telli fut d’autant plus significatif qu’il intervenait au moment où la jeune OUA cherchait à transformer l’ambition politique de ses fondateurs en une institution capable de parler au nom du continent.

Ainsi, de Sékou Touré à Diallo Telli, la Guinée apparaît dans les archives de cette période à la fois comme un État engagé dans les débats sur l’unité africaine et comme un acteur présent dans la construction des premières institutions continentales.

L’histoire de l’OUA ne saurait toutefois être réduite à l’action d’un seul pays.

La naissance de l’organisation est le résultat d’un compromis entre plusieurs sensibilités panafricaines et de la volonté de 32 États indépendants de disposer d’une structure commune. Le Ghana de Kwame Nkrumah, l’Éthiopie de Haïlé Sélassié, l’Égypte de Gamal Abdel Nasser, le Mali de Modibo Keïta et de nombreux autres États ont également joué des rôles importants dans ce processus.

La contribution guinéenne doit donc être comprise dans cette dynamique collective.  La Guinée a été l’un des pays qui ont porté très tôt l’idée d’une coopération africaine organisée, participé aux débats sur les formes de l’unité et pris part à la construction de l’institution continentale.

De l’OUA à l’UA, c’est une nouvelle étape pour l’Afrique. L’OUA avait été créée dans un contexte historique précis, celui des indépendances et de la lutte contre le colonialisme et l’apartheid. Sa mission première était de défendre la souveraineté des États africains, de promouvoir leur unité et leur solidarité et de soutenir la libération des territoires encore sous domination coloniale.

À partir de la fin des années 1990, les dirigeants africains ont engagé une nouvelle réflexion sur l’avenir de l’organisation. La Déclaration de Syrte de 1999 ouvre la voie à la création de l’Union africaine, officiellement lancée en 2002 à Durban, en Afrique du Sud.

Avec l’UA, le projet continental change d’échelle. L’objectif n’est plus seulement de défendre les indépendances acquises, mais de construire progressivement une Afrique davantage intégrée, pacifique et capable de porter ses intérêts collectifs sur la scène internationale.

Cette évolution se traduit par la mise en place d’instruments continentaux consacrés à la paix et à la sécurité, par l’ambition d’accélérer l’intégration économique et par l’adoption de l’Agenda 2063, présenté par l’Union africaine comme le cadre stratégique de transformation du continent.

L’Agenda 2063 porte l’ambition d’une Afrique politiquement unie et économiquement intégrée, avec une circulation accrue des biens, des services, des personnes et des capitaux. Il place également la paix, la sécurité, la gouvernance, le développement humain, les infrastructures et la transformation économique parmi les grandes priorités continentales.

Autre évolution majeure, c’est la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), qui s’inscrit dans cette volonté de renforcer le commerce intra-africain et l’intégration économique. L’Union africaine rapporte également des progrès dans la mise en place de mécanismes continentaux de paix et de sécurité et dans le renforcement de ses institutions. Un héritage qui interpelle la Guinée et l’Afrique.

Le passage de l’OUA à l’UA ne signifie donc pas une rupture avec l’idéal de 1963. Il en constitue plutôt une évolution. L’idée fondamentale demeure, celle d’une Afrique capable de définir elle-même ses priorités, de défendre ses intérêts et de construire collectivement son avenir.

En 1963, la Guinée faisait partie des jeunes États qui voulaient donner une traduction institutionnelle à cette aspiration. En 2002, l’Afrique a transformé cette architecture pour répondre à de nouveaux défis. Aujourd’hui, l’Agenda 2063 prolonge cette ambition autour d’une vision d’une Afrique intégrée, prospère et pacifique, portée par ses propres citoyens.

Depuis le 05 septembre 2021, une nouvelle vision du panafricanisme

À l’occasion de la célébration de la fête nationale du 2 octobre 2026, cette page de l’histoire continentale rappelle ainsi que l’indépendance guinéenne de 1958 ne fut pas seulement un événement national. Elle s’inscrivait également dans une époque où les peuples africains cherchaient à transformer leurs indépendances politiques en une force collective.

De Conakry à Addis-Abeba, puis de l’OUA à l’UA, une même question demeure au cœur du projet panafricain, c’est comment faire de l’unité africaine un instrument concret de souveraineté, de paix, de prospérité et de dignité pour les peuples ?

L’histoire de la Guinée dans la création de l’OUA constitue l’un des chapitres de cette longue quête.

AGP/28/09/026                CM/MKC/AND      

 

 

 

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