Yomou, 14 août. (AGP)–L’extraction de l’huile rouge, issue des noix de palme, reste une pratique ancestrale largement répandue en Guinée forestière, où elle constitue à la fois un savoir-faire transmis de génération en génération, une composante des habitudes alimentaires et une source de revenus pour de nombreux ménages.
Chez les Kpèlé, la production d’huile rouge occupe une place importante dans la vie quotidienne. Selon Augustin Kpoghomou, sage du district de Lonhondia, dans la commune rurale de Bowé, l’huile était traditionnellement utilisée pour agrémenter les repas, mais aussi à diverses fins dans la médecine traditionnelle.
« L’huile rouge sert d’abord à l’alimentation. Mais les anciens lui reconnaissaient aussi certaines vertus thérapeutiques. Lorsqu’un enfant avait le corps chaud, on lui appliquait autrefois une petite quantité d’huile derrière les oreilles », témoigne-t-il.
Il indique également que l’huile était autrefois utilisée dans le traitement traditionnel des poux chez les enfants. Elle était appliquée sur les cheveux afin de faciliter l’élimination des parasites, ensuite les retirer manuellement.
Pendant longtemps, l’extraction reposait essentiellement sur des procédés rudimentaires et exigeait d’importants efforts physiques ainsi qu’une forte mobilisation de la main-d’œuvre. Les régimes de palme étaient récoltés, les noix séparées puis pilées et malaxées afin d’en extraire la matière grasse. La pâte obtenue était ensuite lavée et chauffée pour favoriser la séparation de l’huile.
Mais ces méthodes évoluent progressivement avec l’introduction d’équipements artisanaux fabriqués localement à partir de pièces métalliques soudées.
Ces machines permettent notamment de concasser et de malaxer les noix plus rapidement. L’utilisation de motopompes facilite également certaines opérations de lavage et de séparation, contribuant à réduire la pénibilité du travail.
Avant l’apparition de ces équipements, les femmes utilisaient notamment un dispositif traditionnel appelé « dinamakossa », explique Wido Kolié, ménagère à Lonhodia.
« Le dinamakossa ne fonctionnait pas avec un moteur. Une longue tige métallique était placée au centre du mortier contenant les noix. Deux personnes faisaient tourner le dispositif en se déplaçant autour du mortier afin de broyer et de malaxer les noix », raconte-t-elle.
Malgré cette modernisation progressive, l’huile rouge demeure fortement ancrée dans les habitudes alimentaires des populations de la Guinée forestière. Sa commercialisation représente également une activité génératrice de revenus, même si les prix connaissent des variations sur les marchés locaux.
Pour les acteurs de la filière, la pérennité de cette activité dépend notamment de la disponibilité de la matière première. Des producteurs encouragent ainsi le renouvellement et la multiplication des plantations de palmiers afin de garantir l’approvisionnement futur.
Au-delà de ses dimensions alimentaire et culturelle, la filière de l’huile rouge présente ainsi un potentiel économique important pour les communautés rurales. La modernisation des équipements, l’amélioration des techniques de transformation et le développement de débouchés commerciaux pourraient contribuer à renforcer les revenus des producteurs et à dynamiser l’économie locale.
AGP/14/08/026 AD/CM/AND




