Conakry, 18 oct(AGP)- Dans son récit, le correspondant de la BBC en Guinée à l’époque des faits, Amadou Diallo a déclaré que dans la débandade, un militaire a braqué alternativement son fusil sur lui et sur son confrère, Mouctar Bah de la RFI, et il les a mis à genou au même moment.
Il a tenu cette déclaration le mardi, 17 octobre 2023, au tribunal de Dixinn, délocalisé dans l’enceinte de la Cour d’Appel de Conakry, en son audience criminelle sous les auspices du président dudit tribunal, Ibrahima Sory 2 Tounkara.
Selon ce géant du micro, c’est à partir de 12 heures 20 minutes qu’il a commencé à entendre les premiers tirs de gaz lacrymogènes au Stade du 28 septembre suite à l’appel de la défunte « Forces vives de la nation » contre une éventuelle candidature de l’ex président de la transition, le capitaine Moussa Dadis Camara.
« Lorsque la garde présidentielle a fait irruption dans le stade, les choses ont changé. C’est en ce moment que la débandade a commencé, parce que, ça tirait dans tous les sens et j’ai vu des gens courir dans tous les sens. Il y avait une forte bousculade, moi je n’ai pas bougé de là où j’étais. J’étais arrêté sous un cocotier. Dans cette ambiance de folie, où tout le monde a peur, où tout le monde se cherche, j’ai vu mon ami, Mouctar Bah de RFI, il courait aussi. Je l’ ai interpelé, il m’a entendu, il est venu vers moi. Je lui ai dit que nous, on ne court pas, restons-là, nous sommes des journalistes et nous nous ne sommes pas des manifestants », a-t-il expliqué avant d’ajouter que lorsque les militaires vont venir le pire qui pouvait nous arriver c’est l’arrestation.
Pendant qu’il était en train d’expliquer la conduite à tenir face aux militaires à son confrère Mouctar Bah pour échapper au préjudice qu’ils infligeaient à tous ceux qui bougent dans ce temple de jeu, un jeune soldat arrive avec son fusil très menaçant à leur niveau pour leur dire qu’ils sont ceux qui vendent la Guinée à l’étranger .
« Il nous demande ce qu’on fait là-bas, nous lui disons que nous sommes des journalistes correspondants de BBC et de RFI. Il n’en fallait pas plus pour qu’il se déchaine et qu’il crie c’est vous qui vendez la Guinée à l’étranger, c’est vous qui parlez mal de la Guinée à l’étranger. Il a braqué alternativement son fusil sur moi et sur Mouctar et il nous a dit de nous mettre à genou au même moment », déplore cette victime avant d’ajouter qu’il n’a jamais vu une situation pareille.
Entre-temps, dit-il, un militaire plus gradé que ce soldat est arrivé. Pour lui, il est arrivé au bon moment, car c’était très chaud pour eux.
« Mouctar et moi suions à grosse goutte, on était à terre. Personne d’entre nous ne pouvait résister. Lorsque le militaire que je ne peux pas identifier est arrivé, il a dit au soldat, laisse les je les connais ce sont des journalistes, nous étions ensemble à Labé et ce jeune soldat nous a laissés. Cet officier a commis un policier qui portait la tenue de la police routière pour nous escorter puisque les militaires étaient déployés sur toute l’espace qui menait à la grande sortie du stade. Le policier avait peur c’est ce que j’ai compris. A chaque mètre il disait journaliste, j’ai vu des corps allongés », regrette Amadou Diallo avant d’ajouter que même leur sauveur était en train de tabasser les jeunes manifestants.
Il a par ailleurs signalé qu’il a reçu un violent coup de poignard d’un gendarme qui lui a porté préjudice.
« Arrivés au portail, le policier qui avait peur comme nous, il soulève les 2 bras en l’air pour dire ma mission s’arrête ici, il est retourné à l’intérieur du Stade avec sa branche », conclut Amadou Diallo
AGP/18/10/023 TB/ABD




