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Coyah : A 68 ans, Abdoulaye Camara écrase des blocs de granites à la main pour subvenir aux besoins de sa famille

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Conakry, 21 Sept (AGP)- Le bruit des marteaux résonne dans les carrières de Manéah, à une quarantaine de kilomètres de Conakry. Sous un soleil écrasant, des hommes soulèvent leurs masses avant de les laisser retomber avec force sur d’immenses blocs de granite. À chaque impact, des éclats de pierre jaillissent dans un nuage de poussière qui recouvre les visages, les vêtements et l’environnement tout autour.

Les montagnes de granite racontent bien plus que l’histoire d’une activité économique. Elles portent les traces d’hommes et de femmes qui, au prix d’efforts considérables, ont consacré leur vie à extraire la pierre pour subvenir aux besoins primaires de leurs familles. Parmi eux figure le vieux Abdoulaye Camara, un homme dont le parcours se confond avec celui des carrières de granit de  Bambaya dans la commune de Manéah.

Arrêté à côté d’un rocher, les mains calleuses posées sur le bloc et complètement poussiéreuses, Abdoulaye Camara observe en silence cette agitation qu’il connaît mieux que quiconque. Âgé de   68 ans, il est l’une des mémoires vivantes de ces carrières qui alimentent depuis des décennies les chantiers de Grand Conakry.

« Ici, chaque pierre raconte une histoire. La mienne a commencé quand j’avais dix ans », souffle-t-il en laissant son regard se perdre vers les montagnes éventrées.

Nous sommes en 1968. Manéah est encore un vaste territoire rural où les carrières artisanales constituent l’un des rares moyens de subsistance. A l’époque, Abdoulaye Camara, accompagnait ses parents, alors qu’il n’avait que 10 ans, sans vraiment mesurer que ces blocs de granite façonneront toute son existence.

Pendant que d’autres enfants jouent au football ou fréquentent les bancs de l’école, le jeune Abdoulaye apprend à reconnaître les veines de la roche, à manier la masse, à éviter les éclats qui peuvent blesser ou tuer. Le travail est rude, mais il ne connaît pas d’autre horizon.

« Mes parents vivaient de cette activité. Je les suivais tous les jours. Petit à petit, j’ai appris le métier. C’était notre école, notre vie », raconte-t-il.

Soixante ans plus tard, rien n’efface les marques de cette existence consacrée à la pierre. Ses épaules portent encore les stigmates des charges répétées. Ses mains, durcies par des décennies de labeur, racontent mieux que les mots le prix payé pour gagner sa vie.

En 1988, un autre chapitre s’ouvre. Abdoulaye Camara se marie et devient chef de famille. Désormais, chaque coup de marteau représente davantage qu’un simple geste de survie ; il devient la promesse d’un repas, d’un cahier d’école ou d’un médicament.

Dans les carrières, les journées commencent avant le lever du soleil et se terminent souvent lorsque la lumière du jour décline. Pourtant, les revenus restent faibles. Entre 30 000 et 60 000 francs guinéens par jour, selon les commandes et la quantité de granite vendue. Une rémunération modeste pour un travail parmi les plus pénibles du secteur informel.

« Certains jours, on travaille sans savoir si on vendra toute la production. Mais quand on a des enfants, on ne peut pas rester à la maison. Le courage devient une obligation », dit-il d’une voix calme.

À ses côtés, une femme partage depuis des décennies les incertitudes de cette vie, Mamaïssata Sylla.

Dans les récits de Abdoulaye Camara, son épouse occupe une place particulière. Il parle d’elle avec une tendresse intacte, comme on évoque une alliée de toujours.

« Elle ne m’a jamais laissé baisser les bras. Quand je revenais fatigué ou découragé, elle trouvait toujours les mots pour me redonner confiance. Sans elle, je ne serais jamais arrivé jusque-là. »

Derrière chaque journée passée à casser le granite, il y avait aussi le travail discret de Mamaïssata Sylla, en veillant sur le foyer, encourageant son mari et participant, à sa manière, à l’équilibre de la famille.

Ensemble, ils ont affronté les périodes de vaches maigres sans jamais renoncer à une ambition, celle d’offrir un avenir meilleur à leurs enfants au nombre cinq (05) dont trois (03) filles.

« Nous n’étions pas riches, mais nous avons toujours fait l’effort de payer leur scolarité. Nous voulions qu’ils aient des possibilités que nous n’ayons jamais eues », explique-t-il.

Aujourd’hui, le vieux carrier habite toujours la maison familiale héritée de son père, Facinet Camara. Une concession modeste où les souvenirs semblent habiter chaque mur.

Lorsqu’il franchit le seuil de cette demeure, le vacarme des carrières laisse place aux éclats de rire des petits-enfants, aux conversations familiales et à la sérénité retrouvée.

Son visage s’illumine dès que sa femme, ses enfants et les autres membres de la famille se rassemblent autour de lui.

« Quand ils sont tous là, je me sens riche. C’est cette famille qui est ma plus grande réussite. L’argent passe, mais une famille unie reste. »

À Manéah, les carrières continuent d’attirer de nouveaux travailleurs. Les outils ont peu évolué, les risques demeurent, et les revenus restent souvent insuffisants face au coût de la vie.

Pourtant, des hommes comme Abdoulaye Camara incarnent une génération qui a bâti son existence dans le silence des efforts quotidiens. Des vies rarement racontées, alors qu’elles ont participé, pierre après pierre, à la construction des maisons et des infrastructures du Grand Conakry.

À l’heure où l’âge ralentit ses gestes, Abdoulaye Camara dit qu’il   ne nourrit ni regret ni amertume. Il regarde le chemin parcouru avec la satisfaction d’avoir joué son rôle d’époux, de père et de travailleur.

Sous le ciel poussiéreux de Bambaya dans la préfecture de Coyah, son vieux marteau repose désormais plus souvent qu’il ne frappe. Mais son histoire, elle, continue de résonner comme un hommage discret à tous ces travailleurs de l’ombre qui ont bâti leur vie à la force de leurs bras.

Alors que les carrières continuent de faire vivre des centaines de familles dans cette partie du Grand Conakry, le parcours de ce doyen rappelle que derrière chaque bloc de granite se cache souvent une vie entière de labeur, de sacrifices et de courage.

AGP/21/09/026                    CM/MKC/AND

 

 

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