Après des mois de tensions exposées sur la place publique, le président sénégalais s’est séparé vendredi soir de son Premier ministre et ancien compagnon de lutte, le charismatique mais encombrant Ousmane Sonko, élu mardi matin président de l’Assemblée nationale où son parti est largement majoritaire.
Empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024, le bouillonnant leader du parti souverainiste Pastef, Ousmane Sonko, avait dû laisser son numéro 2 et stratège de l’ombre, Bassirou Diomaye Faye, se présenter à sa place: deux ans après, leur tandem n’a pas résisté à l’exercice du pouvoir.
Retour sur une rupture annoncée:
Tensions publiques –
Les tensions avaient commencé à émerger dès juillet 2025 lorsque le volcanique Premier ministre qui n’a jamais perdu sa liberté de ton s’en était vivement pris au président Faye, fustigeant un « problème d’autorité » dans le pays.
A la suite de cette sortie, les militants du Pastef avaient inondé de messages hostiles les publications du président sur les réseaux sociaux, démontrant une fois de plus l’assise populaire de M. Sonko.
Depuis, les dissensions s’étaient multipliées.
Début mai, le président avait critiqué la « personnalisation excessive » de son Premier ministre au sein du parti au pouvoir et largement majoritaire à l’Assemblée.
« Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance », avait-il déclaré dans une interview télévisée.
Poursuites judiciaires –
M. Sonko critiquait régulièrement la lenteur des poursuites contre d’anciens responsables sous l’ex-président Macky Sall (2012-2024) qu’il accuse de corruption.
Plusieurs ex-responsables dont des ministres de M. Sall ont été renvoyés, pour des malversations présumées sur des dossiers distincts, devant la commission d’instruction de la Haute cour de justice, un tribunal spécial chargé de juger les anciens membres du gouvernement pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions.
Des poursuites sont toujours pendantes devant la justice, suscitant des critiques de la part des partisans du Pastef, chantre de la lutte anti-corruption.
Arrivés au pouvoir sur la promesse d’une rupture avec l’ancien système, MM. Faye et Sonko avaient également promis de rendre justice pour les dizaines de morts et les centaines d’arrestations qui ont eu lieu sous la présidence Sall.
FMI –
La rupture du duo jette une inconnue sur le traitement de l’énorme dette du Sénégal, qui a atteint 132% du PIB, un des points de divergences entre les deux anciens compagnons de route.
Alors que la situation financière du pays est plombée par l’absence d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), le chef de l’Etat sénégalais est partisan d’un apaisement avec cette institution contrairement à M. Sonko qui refuse toute restructuration de la dette.
En attendant un programme d’aide du FMI, le Sénégal se tourne vers le marché financier sous-régional pour emprunter à des taux très élevés.
Fonds politiques –
Vendredi matin, quelques heures avant son limogeage, le Premier ministre avait critiqué M. Faye lors d’une intervention à l’Assemblée nationale, à propos du contrôle et de la transparence des fonds politiques, des sommes d’argent dont l’utilisation se fait à la discrétion du président.
Alors que le Pastef avait promis qu’il allait s’attaquer à l’hypertrophie des pouvoirs impartis à la présidence, M. Sonko a reproché au président de ne pas avoir été à l’initiative d’un projet de loi pour assurer la transparence de ces fonds.
« Le contrôle des fonds politiques par une commission restreinte est une promesse de campagne », a lancé M. Sonko devant les députés quelques heures avant son renvoi.
D’alliés à rivaux? –
Les anciens alliés vont-ils désormais devenir rivaux politiques?
M. Sonko, qui bénéficie d’une légitimité populaire incontestable, serait le candidat naturel de sa formation à la présidentielle de 2029.
Mais de son côté, le président Faye rassemble depuis plusieurs mois des soutiens politiques à la faveur du mouvement « Diomaye Président », laissant présager une éventuelle candidature pour 2029.
Désormais à la tête d’un parlement qui lui est aquis, M. Sonko devient le deuxième personnage le plus important de l’Etat.
Même si celui-ci a promis qu’il n’utiliserait pas « cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel », se pose maintenant la question de la possibilité pour le président de pouvoir gouverner et passer des réformes dans le pays.
AFP




