Labé, 13 juil (AGP)-Le constat révèle que dans la société guinéenne, l’autonomisation de la couche féminine qui occupe à peu près 53% de la population, peine à se concrétiser. Cette triste réalité est plus ressentie chez les filles dont l’âge varie entre 10 et 19 ans, pourtant en pleine émancipation.
Dans la préfecture de Mamou située à 250 km de la capitale Conakry, cette triste réalité est palpable, empêchant la jeune fille de développer des compétences et des capacités individuelles lui permettant de s’émanciper pour le bénéfice de sa famille, et plus loin de toute la société.
Le jeudi 13 juillet 2023, la couche sociale concernée a tenté de se faire entendre dans un constat réalisé par l’équipe du SWEDD Guinée.
Rencontrée dans les locaux de la préfecture, Hadja Aissatou Barry, qui a vu son cycle d’apprentissage s’éteindre en classe de CM2, s’est recyclée dans la pratique de la couture.
‘’ Moi, j’ai abandonné les études puisque j’ai échoué à deux reprises à l’examen d’entrée en 7e année et les parents n’avaient pas les moyens pour les écoles privées et je comprenais peu pas à l’école publique. Donc, je me suis dit de ne pas rester comme ça à ne rien faire. C’est pourquoi j’ai commencé la couture. Dans cet atelier, je développe des compétences dans le métier tout comme dans les relations interpersonnelles’’ a déclaré l’adolescente de 17 ans.
Toutefois, les regrets pour n’avoir pas continué les études par manque de moyens financiers des parents occupe toujours son esprit.
‘’Aujourd’hui, j’ai ma machine à coudre et je gagne parfois 50 000, 100 000 ou rien. Tout dépend de la clientèle. Mais, j’arrive à satisfaire beaucoup de mes besoins sans demander aux parents ou aux garçons. Je négocie les prix et je fais le travail de façon indépendante et libre. Ce sont des compétences qu’une fille doit avoir pour être autonome. Mais je regrette un peu d’avoir arrêté les études puisque je ne sais pas écrire en français même si je parle un peu,’’ a-t-elle conclu.
Par contre, sa copine, Ramatoullaye Diallo, âgée de 18 ans, dénonce à notre micro les mariages forcés dont les adolescentes de son âge sont confrontées.
‘’Concernant les mariages précoces, je demande aux parents d’arrêter cette pratique, puisqu’elle engendre les divorces, les problèmes de santé et les problèmes familiaux.
Et, elle empêche la fille d’étudier ou de travailler dans les ateliers ou dans les groupements et associations. Et ça, ce n’est pas bon’’ dira-t-elle avant de poursuivre ‘’dans ce métier, j’apprends comment vivre avec les gens et je tisse des relations importantes. Nous sommes organisées en association et ça nous aide beaucoup ‘’ s’est réjouie notre interlocutrice.
Cette question de compétence de vie est plus visible chez les filles adolescentes non scolarisées. Oumou Barry en est une parfaite illustration en ce sens qu’elle ignore complètement ces droits et devoirs.
‘’ Je n’ai pas été à l’école et j’ai 17 ans. Je suis une fille de ménage dans les familles. Comme je n’ai pas été à l’école ‘’ rire’’ donc je n’ai rien à dire puisque je ne sais pas, qu’est-ce qu’une association ou l’importance d’une association. Ça, c’est pour les intellectuelles. Je n’ai étudié que le coran un peu. Je vais dans les rencontres et j’écoute comme c’est en poular mais comme on doit écrire et moi je ne sais pas le faire. Donc, je cotise et je vais aux cérémonies. C’est tout’’ s’est-elle exprimée dans sa brève réponse à notre question.
Contrairement à nos deux premières répondantes, Aissatou Diallo, elle, poursuit ses études malgré les difficultés. Du coup, elle compte, à la longue, s’appliquer dans la défense des droits des filles et femmes.
‘’ Je compte continuer les études même si les questions de mariage se posent souvent. Et, en plus, je veux lutter contre les violences basées sur le genre qui affectent la santé des jeunes filles. Pour y arriver, il nous faudra être dans les associations, partis politiques, syndicats et les autres secteurs. Les filles intellectuelles doivent lutter pour la cause féminine dans toute sa dimension,’’ a éclairé la lycéenne à notre micro.
Les activistes, déjà sur le terrain, appellent les parents et autorités à plus d’engagement social et de courage politique pour aider à ce que les adolescentes développent en elles, des compétences de vie majeures, même en étant non scolarisées.
‘’ Nous avons assez de problèmes pour mobiliser les filles. Elles sont souvent occupées par les travaux ménagers. Mais, on a quand même certaines avec nous. Les volets pour les jeunes filles sont : la formation, l’assistance, les réinsertions sociales pour les permettre d’être responsables. L’Etat doit nous aider pour que l’on puisse aider les filles,’’ a plaidé le spécialiste en santé, Docteur Mamadou Dian Bah, Président de l’ONG femmes heureuses, enfants et familles.
AGP/13/07/023 SD/ABD




